Avec la participation d’organisations originaires de onze pays asiatiques, cet événement était tout particulièrement axé sur la représentation et la négociation collective ainsi que sur les droits de propriété intellectuelle. Des représentants de l’Organisation Mondiale pour la Propriété Intellectuelle (OMPI) ainsi que du Bureau International du Travail (BIT) ont contribué de façon significative à la qualité des débats. En dépit d’une industrie culturelle florissante, les artistes-interprètes des ces pays ne jouissent souvent pas d’une reconnaissance professionnelle. Leurs conditions de travail sont précaires, ce qui les oblige à se trouver un autre métier pour survivre. Ceci leur empêche de s’exercer pour améliorer leurs compétences, ce qui encourage l’amateurisme, diminue la qualité des œuvres et la sécurité sur le lieu de travail.
Bien que de nombreux pays asiatiques aient ratifié d’importantes conventions internationales du BIT, le droit des artistes-interprètes de s’organiser collectivement est trop souvent bafoué, sous prétexte qu’ils sont des travailleurs atypiques et qu’ils ne sont pas « employés » au sens propre du terme. Cela est clairement inacceptable, les Conventions du BIT reconnaissant à tous les travailleurs le droit de s’organiser et, cela, qu’ils soient employés ou non. Le statut de travailleur indépendant n’empêche pas aux artistes d’autres pays de créer des syndicats.
La piraterie est un vrai fléau dans ces pays mais les artistes-interprètes ne profitent déjà pas pleinement de leurs droits de propriété intellectuelle, soit à cause de leur poids contractuel dérisoire ou du fait que ces droits ne leurs sont pas véritablement garantis dans de nombreux pays asiatiques. En absence d’un traité international, les représentations audiovisuelles continuent à être extrêmement vulnérables et les artistes-interprètes privés de rémunération suite à leur exploitation commerciale, tant par les média traditionnels que les nouveaux. Et quand bien même ces droits existent, ils sont soumis à des fortes pressions visant à en réduire la portée. Cela est par exemple le cas au Japon, où la redevance pour copie privée est attaquée agressivement par les fabricants de supports vierges et des outils de copiage.
En dépit de ces difficultés, la réunion – qui clôturait un programme conjoint FIA/FIM de trois ans visant à promouvoir l’organisation syndicale des artistes-interprètes en Asie – a montré des signes encourageants. Les artistes-interprètes sont de plus en plus conscients du besoin de s’organiser et s’efforcent de mieux transmettre leurs préoccupations. Dès qu’ils comprennent comment leurs collègues ont amélioré leurs conditions de travail et leur revenu ailleurs dans le monde, ils veulent suivre cet exemple et se sentent moins isolés.
Ainsi, à Singapour les artistes-interprètes ont finalement réussi à faire utiliser des contrats écrits et (pour la première fois) une assurance santé et sécurité de base au théâtre, alors qu’en Malaisie ils ont obtenu que leur gouvernement s’engage à soutenir un plan d’action pour l’industrie, qui devrait générer des nouveaux emplois, y compris pour les artistes. Les associations d’artistes-interprètes d’Indonésie s’efforcent de mieux coordonner leurs stratégies pour augmenter leur nombre d’adhérents et pour renforcer leur rôle au sein de l’industrie. Le Syndicat des artistes-interprètes Taiwanais se bat pour que l’affiliation syndicale soit rendue obligatoire et pour relancer le statut professionnel des acteurs, alors que la Guilde des Acteurs des Philippines débute une nouvelle campagne pour être reconnu en tant que syndicat et pour reprendre le dialogue avec les producteurs.
Seuls les artistes-interprètes thaïlandais ne sont toujours pas organisés, en dépit du succès international de leur industrie culturelle. « Nous encourageons les acteurs thaïlandais à se rassembler et à combattre ensemble toute tentative d’exploitation de la part des producteurs » a déclaré Dominick Luquer, Secrétaire Général de la FIA, qui a aussi invité les organisations d’artistes-interprètes asiatiques à s’affilier pour bénéficier pleinement de la solidarité syndicale internationale.

